Tout juste remis de mes émotions après ma ballade en RS4 j’irais poster mes quelques clichés du jour sur le topic du rasso mais fallait bien que je vienne dire ici un ou deux mots sur cette folie sur roues, dernier caprice de notre bien estimé camarade Almeida. Fallait que je vienne, fallait que ça sorte. Quand j’ai un truc dans la tête faut que ça sorte sinon ça va me trotter dans la carafe toute la nuit.
Faut dire aussi qu’on a pas tous les jours la chance de monter dans ce qui tient plus d’une voiture de course que d’une banale voiture de sport !!
Avant toute chose on va remettre les choses dans leur contexte. On a la chance, petits privilégiés que nous sommes, de conduire des autos qui sont atypiques, caractérielles mais vivantes, des machines à émotion qui te rendent assez distant pour ne pas dire indifférent vis-à-vis du 99% de la production automobile en circulation, les « voitures du quotidien »... Et pourtant ce flegme ne m’avait préparé à vivre ce que j’ai vécu aujourd’hui !!

Le départ du stand se fait en mode « voiture du quotidien », le temps que la cafetière monte en température. Tu sens le monstre s’ébrouer sous son capot et cogner contre les parois du compartiment où les ingénieurs l'ont rentré en sautant dessus à pieds joints.
Ce moteur qui n'est encore qu'un placide bloc assez discret malgré sa double culasse rouge très ostentatoire qui annonce pourtant la couleur comme pour te prévenir que tu vas un peu te faire secouer, ce moteur donc, emmène la voiture sereinement avec tout son couple, en douceur comme un lipizzan qui part au petit trot en se dégourdissant les pattes façon beau mouvements de parades bien articulés.
A l'intérieur c'est beau comme un canapé Roche Bobois, ça sent bon le cuir et le parquet qui vient d'être ciré. C'est la classe à l'allemande, pas de chichis mais tout y est et ça flatte l'oeil.
Passage de vitesses sur du velours, la voiture se déplace comme un serpent sur le sable, bruit feutré, finition Audi, bose Sound system, radio latina… tu es dans ton salon et quand tu rentres, tu enlèves tes chaussures et tu mets les patins !!!



Au fil des mètres, le pur sang s’est réchauffé les 4 pattes.
Sur le tableau de bord qui s’illumine comme le cockpit d'un avion de chasse, un petit voyant avec sa burette d’huile et la température idoine te dit quand tu peux mettre pied dedans… il était temps !
A ce moment tu es comme l’andouille assis à son insu sur la catapulte et qui ne sait pas ce qui va lui arriver...
Et d’une discrète pression du pouce sur un bouton S situé au volant, , l'officier de tir s’apprête à abattre son épée sur la corde qui retient la soupière et alors la voiture va te montrer son vrai potentiel..........
Et c’est parti pour 3 minutes de vol en ras motte ou le pilote, en guise hors d’oeuvre, t’expédie les dents dans l’appuie tête !
La voiture devient violente, bruyante, brutale. La paisible berline teutonne s'est métamorphosé en peste arracheuse de bitume. Chaque passage de rapport se traduit par une secousse dans le thorax propre à assommer un bœuf sur place. Le moteur qui a doublé de volume hurle derrière toi qu'il est carrément trop serré là dessous et qu'il faut que ça sorte. Il dégueule ses 4200cc de carburant et d'air en combustion comme un réacteur au décollage. Tu vois l’aiguille du compte tour grimper tellement vite à l’assaut des 8200trs/mn, tellement vite que t’as l’impression qu’elle va finir dans la boite à gant.
Premier freinage et tes dents se décollent du siège pour aller s’incruster dans la planche de bord, manège interdit aux femmes enceintes, clavicules fragiles s’abstenir ! C’est comme si la voiture se plantait dans le sol, ça freine aussi fort que ça accélère et toi à côté tu aimerais bien savoir quand tu vas pouvoir respirer parce que t’es parti en apné depuis 1kms et la tête commence à tourner.
Deuxième gros freinage, le peu d’oxygène emmagasiné dans les poumons te sort de la bouche comme un éternuement non contrôlé, et tu reprends vite ton souffle avant que le mirage 2000 ne te colle à nouveau dans le fauteuil.
A chaque courbe la voiture semble comme être guidé sur un rail. Et tu luttes autant contre les transferts de masses latéraux pour pas aller coller ta joue contre la vitre.
On te dit que le caractère de l’auto a été typé propulsion avec répartition de la puissance à 60/40 sur l’arrière… Toi tu te rends pas vraiment compte de cette subtilité tant la voiture semble dessiner ses courbes comme un cutter dans une feuille de papier.
Entre deux virages chaque ligne droite se transforme en trait d’union et les voitures qui étaient de petits points au loin semblent être, la seconde d’après, comme lâchées du ciel devant ton capot par une main invisible.
Au démarrage depuis l’arrêt complet, c’est encore plus radical : Ce n'est plus une voiture, c’est le décollage de la navette discovery !! Des accélérations à couper le souffle et pour une fois c’est pas imagé, tu respiras quand on te le diras ! En permanence c’est tout ton corps qui se contracte pour lutter contre l’inertie de l’accélération, ils auraient du prévoir une combinaison anti G dans le coffre.
Le pilote l’air de rien, il aurait presque le cigare en coin façon Hannibal Smith, se retourne vers toi d’un air tranquille, les arbres défilent comme quand tu es assis dans le TGV, d’un air presque détaché il te dit : « pis c’est un torsen, quattro permanent… ca tiens le pav’tard »
Toi tu aimerais bien répondre mais la pression te colle les deux lèvres l’une contre l’autre, tu vas baver sur ton tee shirt propre, et tu manques déjà d’air, si tu esquisses un « oui » tu tombes dans les pommes. Alors tu fais oui de la tête comme un âne.

Et au final quand tu sors de là, c’est comme à l’arrivée du Space-mountain à Disneyland, t'as un peu les yeux mouillés, tu sais plus trop où tu habites, t’es brassé comme un yaourt au sucre et t’as le sourire niais des cons qui se sont bien marrés mais qui ont pas tout compris parce que ça allait tellement vite que le cerveau a pas eu le temps d’imprimer toutes les images qui défilaient !

Alors après avoir bien repris tes esprits, tu laisses ce qui reste de ton corps dégouliner hors du baquet et tu te retournes sur ce formidable objet d’art créé par des artisans de l’automobile. Tu te dis en voyant une merveille pareille qu’un jour il n'y aura plus de pétrole, tu peux pas t’empêcher d’y penser et d’avoir un pincement au cœur. Alors on sera tous orphelin de ces merveilles façonnées par la main de l’homme.
A la maison de retraite on se retrouvera pour faire des rassos et des courses de fauteuils roulants dans le couloir et on se dira alors qu’un jour la voiture a existé et que la RS4 était la reine parmi les princesses.
